Vendredi, 10 mai 2013

LES CONFESSIONS DE L’ANARCHOPANDA

 

En raison de sa notoriété déclenchée par le printemps érable, l’Anarchopanda est presque devenu la mascotte mondiale de Montréal. Il n’est cependant pas là comme emblème pour le tourisme, mais pour rappeler certaines vérités qui ne font pas plaisir. Il se confie à nous en exclusivité.

 
LM - COMMENT VOUS EST VENUE L’IDÉE DE PARTICIPER EN PANDA À DES MANIFESTATIONS?


Ça remonte à loin. En fait, du temps de mes études au cégep de Lévis-Lauzon. On voulait faire une chaîne de mascottes quand il y avait des manifestations. Ça ne s’est pas fait alors. Mais l’idée m’est toujours restée en tête. C’est quand Francis Grenier a perdu un œil (atteint par un fragment d’une bombe assourdissante de la police lors du printemps érable) que j’ai décidé de m’impliquer. C’était en mai 2012. Donc, l’Anarchopanda n’a pas été présent dès le début du mouvement. Ça fait exactement un an ce mois-ci.

LM - MAIS EST-CE QU’IL N’Y AVAIT PAS LE RISQUE QUE LES ÉTUDIANTS SE DEMANDENT CE QUE VOUS FAISIEZ LÀ?

L’idée à mes yeux n’était pas de voler la vedette, loin de là, mais de me trouver au premier rang pour désamorcer la tension et atténuer la violence. Je parvenais même à faire des câlins à des poussins; c’est comme ça qu’on appelle l’escouade du SPVM qui porte des dossards jaunes. Mais je n’ai jamais réussi avec ceux de l’antiémeute…

LM – QUI, J’ESPÈRE, N’ONT PAS EU LE CULOT DE S’EN PRENDRE À VOUS?

Au contraire. J’ai été frappé d’un bon coup de bâton. Mon costume me protège à peine. J’ai ressenti quand même une bonne douleur. J’imagine sur les membres des manifestants. Il y a d’ailleurs eu beaucoup de fractures. Faut quand même penser que les matraques de l’antiémeute sont en bois et ceux des poussins en métal. Puis il y en a eu un, de l’antiémeute, qui m’a donné un solide coup de pied dans le ventre.

LM - VOUS QUI ÊTES PHILOSOPHE. QUE PENSEZ-VOUS DE LA MENTALITÉ DE CEUX QUI COMPOSENT L’ESCOUADE ANTIÉMEUTE?

Je peux vous dire qu’il y a parmi eux un nombre appréciable de sociopathes. Des sadiques. J’en ai vu qui frappaient avec le sourire. Même que de leurs collègues les retenaient afin qu’ils n’aillent pas plus loin. En plus il y a une culture de l’impunité. Ils se croient donc tout permis. On sait par un rapport documenté de L’ASSÉ (Association pour une solidarité syndicale étudiante) qui vient d’être rendu public sur leur site Web qu’il y en a, parmi les policiers, qui se sont permis des attouchements sexuels sur des filles.

LM - MAIS COMMENT LE CHEF  MARC PARENT PEUT-IL CAUTIONNER DE TELS COMPORTEMENTS, LUI QUI A TOUJOURS LE MOT RÉFORME À LA BOUCHE?

De ce qu’on sait, c’est un homme d’ouverture. Mais il ne fait peut-être pas ce qu’il veut. Il a quand même la Fraternité des policiers dans les jambes. Ensuite je soupçonne qu’au cours des manifestations, il y avait des indics de la police qui se trouvaient parmi nous pour susciter le grabuge et faire en sorte que leurs collègues nous foncent dessus. S’ils avaient voulu, surtout au nombre qu’ils étaient, ils auraient pu rapidement extraire les casseurs du groupe, sans bavures. Mais ça faisait leur affaire que ça tourne mal pour se donner tous les droits. J’ai en mémoire l’occupation que nous voulions faire à la Banque Nationale, square Victoria. Ils ont surtout bien protégé les banques. Ç’a été d’une sauvagerie sans nom et totalement injustifiée.



LM - PARLEZ-MOI DU TRIO MARTINE DESJARDINS, GABRIEL NADEAU-DUBOIS ET LÉO BUREAU-BLOUIN?

Je ne veux pas commenter ce qu’ils sont devenus après coup. Je peux dire par contre que durant le printemps érable ils ont formé une équipe extraordinaire. On ne pouvait avoir mieux. Ce que je peux quand même ajouter, c’est que le choix politique de Léo Bureau-Blouin est discutable. Pauline Marois n’a jamais été une femme de gauche. Mais peut-on lui reprocher son choix? Mais il est dans le champ s’il pense qu’une transformation sociale peut venir du PQ.

LM - ON VOUS A VU ENTOURÉ DE FILLES QUI SEMBLAIENT VOUS PRENDRE EN AFFECTION. UNE BELLE MANIÈRE DE SÉDUIRE?

Jamais de la vie. Ce qui est arrivé c’est que devant l’attitude de certains policiers, je prenais une posture peinée, m’essuyant les yeux. Spontanément les filles venaient me faire des câlins. Je le répète, ce n’est pas le personnage qui compte. Sa raison d’être est une tactique pour écarter la violence.

LM - JE PENSAIS À VOUS EN VOUS VOYANT DANS VOTRE COSTUME. PAR TEMPS DE CANICULE, ÇA DEVAIT ÊTRE ASSEZ INSUPPORTABLE?

À qui le dites-vous. Après une heure et demie je n’en pouvais plus, tellement il faisait chaud. En plus que les jeunes marchaient souvent assez vite. Ils n’étaient pas faciles à suivre.

LM - VOUS AVEZ ÉTÉ ARRÊTÉ DANS LE CADRE DE L’APPLICATION DU RÈGLEMENT P-6. EST-CE À DIRE QUE VOUS METTEZ FIN À VOS PARTICIPATIONS?

J’ai écopé jusqu’à présent de trois amendes de 637 $ chacune. Amendes qui sont contestées, comme vous le savez. Si nous perdons en justice et que je doive payer, je ferai des travaux communautaires ou pire, je suis même prêt à faire de la prison.

LM - COMMENT VOYEZ-VOUS L’AVENIR DU QUÉBEC?

Je ne sais vraiment pas. Je remarque qu’on dépense des énergies incroyables à vouloir maintenir le statu quo dans la société. Mais ce n’est plus possible. Je pense qu’on n’a pas encore assez souffert. C’est lorsqu’on sera rendu à fouiller dans les poubelles comme en Grèce qu’il y aura un soulèvement. Et puis on se rend compte qu’il y a une telle disproportion entre les besoins des entreprises et ceux des sociétés et que c’est irréconciliable.  On vit dans une bulle qui, tôt ou tard, va péter.

Source : LaMetropole.com
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