Jeudi, 4 mars 2010

AMÉLIE NOTHOMB, LA PROVOCANTE

Ce qui frappe en premier, dans « Le voyage d’hiver d’Amélie Nothomb », c’est la photo sur la jaquette du livre : un portrait de l’auteure, en noir et blanc, rétro à souhait, très roman noir. C’est le portrait d’une jeune femme bien mise, racée, sérieuse. Son regard intense et profond est celui d’une romantique.

LaMetropole.com
 

La photo de la victime, sur le piano de ses parents... Mais, attendez! Ce regard sombre et mystérieux, cette expression craintive et fermée laissent plutôt entrevoir un secret, une menace. La photo de la meurtrière, sur le piano de sa victime? C’est cette ambiguïté qui explique, en partie, la fascination qu’exerce Amélie Nothomb. Ses dizaines de milliers de fans se précipitent, chaque automne, sur le nouveau roman qu’elle publie avec la régularité d’un périodique : 18 romans en 18 ans, et on ne sait toujours pas très bien à qui on a affaire.

Est-elle l’ingénue romantique au verbe limpide, croquant dans la vie, aimant les gens, mais malchanceuse dans ses rencontres, ses aventures, qui ne sont jamais à la hauteur de ses attentes? Ou est-elle plutôt le joli monstre, séduisant mais glacial, qui vous bousille une situation, vous torpille une relation, et sème le malheur partout? Elle rappelle : « Rimbaud l'a dit : l'amour est à réinventer. Qu'attendons-nous? Nous devons tous le réinventer ».

DÉRÈGLEMENT DES SENS

Elle est célibataire, dans la quarantaine. Elle s’habille comme une rock star (maquillage appuyé, chapeaux extravagants). Elle admet avoir un penchant pour l’ivresse, au champagne surtout. Dans Le voyage d’hiver, elle décrit un trip aux champignons magiques comme quelqu’un qui sait de quoi elle parle. En entrevue, elle suggère que le « dérèglement de tous les sens » cher aux poètes du XIXe siècle comme Rimbaud, peut être « utile » pour un écrivain contemporain. Cependant, elle est aussi d’une discipline monacale. Elle écrit, « chaque jour de l’année, de 4 à 8 heures du matin ». Discipline, ou ascèse? « C’est une nécessité vitale pour moi ». Romancière professionnelle, elle travaille comme un artisan. Elle écrit à la main. « Au stylo-bille, le classique Bic cristal bleu », précise-t-elle, des histoires dont le quart seulement sera publié.

RICHE ET CÉLÈBRE

Amélie Nothomb fait partie des dix écrivains français les plus lus, année après année. Elle est riche, célèbre, traduite dans une vingtaine de langues. Elle a des appartements à Bruxelles et à Paris et est sollicitée dans le monde entier. Ses romans, généralement très courts, ont des titres étonnants, comme Hygiène de l’assassin ou Biographie de la faim. D’une année à l’autre, le lecteur ne sait jamais à quoi s’attendre d’elle, sauf, peut-être, que l’auteur sera « à l’avant-garde d’elle-même ». Alors, est-ce la photo de la victime, ou celle de l’assassin? « J'aime cette question, dit-elle. La seule réponse possible : c'est la victime et l'assassin sur le piano de son éditeur ».

Source : Benoît Aubin

Amélie Nothomb - Le voyage d'hiver
Cet article est classé sous :Amélie Nothomb Le voyage d'hiver
Soyez le premier à réagir à cet article.
Nom (pseudo)
Courriel (non-divulgé)
Réagissez à cet article.
Je désire m'inscrire à l'infolettre La Métropole.
Saisir les 5 caractères