Il y a cinq ans, André Carpentier publiait « Ruelles, jours ouvrables », dans lequel il relatait ses déambulations dans les ruelles de Montréal. Aujourd'hui, avec « Extraits de cafés », le romancier et professeur de littérature à l'UQAM poursuit la même démarche en épiant « l'ordinaire quotidien » des cafés de Montréal.
Il se plaît à décrire les jeux de séduction, les oeillades, les faux-semblants. Parfois apparaissent sur une banquette des personnages « comme les romans croient les inventer ». Des personnages issus de la réalité mais « que la littérature a déjà tous prévus » : « Pinocchio, Shylock, Bartleby, Sganarelle, la cousine Bette, tous là, tour à tour, dans leur plénitude! » Mais qui sont vraiment ces gens? « Je suis rivé à ma place et suis limité à ma perception, avec ses limites et ses insistances de point de vue », explique-t-il. Le reste, il doit l'imaginer. On en vient à se demander quel jugement il aurait porté sur sa personne s'il s'était vu, avec son attirail de professeur, dans un coin retranché du café, observant ses voisins et écoutant les conversations. Peut-être se retrouvera-t-il lui-même dans le livre d'un autre...
Le café se révèle un lieu de solitude et de rencontres, où on choisit de s'isoler au sein même de la multitude, partageant son désarroi dans le « silence complice » de ses semblables. On sent, au fil des pages, poindre l'agacement du narrateur envers les piliers de café. Les péroreurs, les gérants d'estrade, les désoeuvrés oisifs ne trouvent plus, grâce à ses yeux. Il parsème son récit de jolis mots précieux qui poussent à tendre le bras vers le dictionnaire (glabelle, bléser, obombrer...). Par moments, on a aussi furieusement envie de laisser tomber le livre et de se trouver à son tour un coin chaleureux où siroter un latté. C'est tant mieux, puisque l'auteur lui-même nous invite à le lire par bribes, entre deux cafés.
EXTRAITS DE CAFÉS. André Carpentier. Boréal, 341 pages, 25,95 $.
Source : Marie-Claude Girard






