Vendredi, 6 juillet 2012

GUILDA, LA REINE DES TRAVESTIS S'ÉTEINT

Jean Guilda, qui a été sans doute le plus célèbre travesti au Québec, est mort hier à l’âge de 88 ans.

 
Au moment d’écrire ces lignes, le 28 juin on ignorait encore la cause de son décès. Rappelons qu’il a été hospitalisé dimanche dernier. Jean-Claude Germain a déjà dit à son propos qu’à l’âge d’or des cabarets, il était la plus belle femme de Montréal. Sa vie durant, l’artiste parlait de son personnage à la troisième personne. Au point de créer un certain problème identitaire qui ne sera pas facile à assumer jusque dans sa vie privée. Il est né à Paris en 1924 sous le nom de baptême de Jean Guida de Mortellaro.

Il avait du sang bleu dans les veines, puisqu’il était fils de comte. Un milieu familial aisé. Sa grand-mère était propriétaire d’une chaîne d’hôtels de renom. C’est une famille bourgeoise avec des principes rigides en matière d’éducation. Qui provoquera chez le jeune adolescent une réaction de rébellion, au point que, dès l'âge de 14 ans, il abandonnera sa famille pour se faire embaucher dans une troupe de ballet de Monte-Carlo. Notons pour la petite histoire qu’il prendra des cours de peinture et d’art dramatique avec nulle autre que Françoise Rozay.


TRAQUÉ PAR LA GESTAPO

Sa vie est un véritable roman. Au cours de la Seconde guerre mondiale, sa tête sera mise à prix par la Gestapo parce qu’il cachait des juifs. À la fin des hostilités, il retournera vivre à Paris et se mettra alors à faire des figurations. C’est ainsi qu’il se trouvera sur le plateau des « Enfants du paradis » de Marcel Carné. C’est à ce moment que lui vient le goût du déguisement. Tellement que pour ce film, il changera douze fois d’aspects. Autant de figurations à lui seul. Même qu’il sera demandé pour doubler des comédiennes. Et la réaction des gens l’enchante. Ce sera le début d’une carrière à nulle autre pareille dans la peau d’une femme.

AVEC MISTINGUETT

La grande Mistinguett lui fait la faveur de l’admettre dans la troupe de ses revues. Une collaboration qui durera six ans, au cours de laquelle une tournée sera entreprise, qui va le conduire aux États-Unis et au Québec. Nous sommes en 1952. Ce n’est que deux ans plus tard qu’il s’installera chez nous pour de bon. Dans les cabarets, outre le fait qu’il stupéfiait les spectateurs en étant la plus belle qui soit, il usait d’un langage assez cru. Mais il savait enrober son propos de tournures faites avec finesse qui en faisaient un artiste de classe. Avec lui la vulgarité était de couleur rose. Les femmes n’en revenaient pas de voir un homme prendre la peau d’une si jolie femme et les hommes un peu éméchés ne savaient plus trop faire la différence. Guilda est aux anges.

UNE VIE PRIVÉE COMPLEXE

Guilda ne voulait pas être strictement identifié au milieu homosexuel, ce qui ne l’a pas empêché de se produire dans des boîtes gaies après la fermeture des cabarets. Et d’ailleurs, sur le plan de la vie affective, il a longtemps entretenu le mystère, gai, hétéro, bi…?  Tantôt il affirmait s’être marié trois fois… avec des lesbiennes, parfois c’était quatre unions maritales. Ce n’est que beaucoup plus tard qu’il reconnaîtra que sa vie amoureuse n’aura pas été un grand succès. Guilda avait ce problème qu’il s’entichait d’hommes hétérosexuels qui eux, s’attachaient à la femme qu’il représentait! Jolie casse-tête. Il multiplia la complexité de sa vie amoureuse en adoptant un de ses danseurs, Yvan, avec qui il eut une liaison. Ce dernier mourra quelques années plus tard du sida, ce qui le laissera dévasté.

STAR AU THÉÂTRE DES VARIÉTÉS

Gilles Latulippe le disait souvent, il a fait ses plus belles soirées du Théâtre des Variétés lorsqu’il recevait Guilda et les siens. C’était à guichets fermés. Le public revivait les heures de gloire de ce transformiste de génie et si spirituel. Tout comme Guilda sera ravi de l’invitation qui lui sera faite par le réalisateur Jean Boisvert de Radio-Canada, à venir participer à l’émission « Les Grands Esprits » animée par Edgar Fruitier, où il incarnera le Chevalier d’Éon. Comme il savait lancer des réparties comme d’autres respirent, sa présence sera grandement remarquée.

ARTISTE PEINTRE

Dans les dernières années de sa vie, fort des enseignements reçus dans sa jeunesse, il se consacrera à la peinture, organisant ça et là des expositions. À l’âge de 75 ans, son cœur fera des siennes et il espacera ses sorties. Un an plus tard, il fera son coming out. Peut-être voulait-il ainsi soulager sa conscience avant le grand départ. C’est un grand professionnel qui nous fait ses adieux et qui aura marqué plusieurs générations de spectateurs. C’est la mort de Guilda et de son double.

FUNÉRAILLE DE GUILDA 

Mise à jour Vendredi le 6 juillet

C’est ce matin à 11 h, en l’église Saint-Viateur d’Outremont, qu’auront lieu les funérailles de Jean Guilda, le plus célèbre travesti de l’histoire du monde du spectacle au Québec.

Ce sera l’occasion de rendre un dernier hommage à ce personnificateur de génie. Le pianiste Richard Abel n’est pas près d’oublier la dette qu’il a envers lui, à cette Guilda qui lui a donné sa chance. « Guilda à l’occasion d’un changement de costume qui s’étirait dans le temps, m’avait demandé de jouer une pièce en solo. Et c’est comme ça que j’ai eu l’opportunité de me faire valoir à mes débuts ». Par après il aura la chance de l’accompagner durant une année.


VÉRITABLE ÉCOLE DU SPECTACLE

Richard s’empresse d’ajouter que contrairement à ce que l’on pourrait penser, Guilda après les spectacles, ne menait pas une vie dissolue. Bien au contraire. « Lorsqu’on allait en tournée en province, après les shows, Guilda se retirait dans sa chambre avec un bon livre. Il lisait énormément d’ouvrages historiques. Il était très cultivé et déplorait l’absence du plaisir de la connaissance chez plusieurs ». Et en évoquant les tournées dans des cabarets souvent mal équipés, est-ce que l’artiste laissait libre cours à ses caprices ?

« Jamais de la vie, ajoute le pianiste. Avec le temps il s’était fait à l’idée. Il s’assurait toutefois que le spectateur puisse jouir d’une présentation de qualité. »  En fouillant dans ses souvenirs, il se souvient que Guilda, fait rare, réussissait à capter l’attention des spectateurs des cabarets, réputés inattentifs, par le seul fait de la belle femme qu’il offrait à leurs yeux. Du coup les gens écoutaient ses réflexions souvent d’un assez haut niveau. Comme quoi il avait le public bien en main.


SON DERNIER SPECTACLE

De son côté le journaliste et producteur Roger Sylvain, revendique à juste titre d’avoir été le dernier à l’avoir présenté sur une scène. « Guilda a fait son dernier spectacle à vie avec moi. C’était en 2006 à Mirabel pour les Chevaliers de Colomb. Et je n’oublierai jamais qu’à un moment donné de sa prestation, il s’est arrêté tout net et a balayé longuement la salle du regard. Et il a ajouté « Vous vous demandez sans doute pourquoi je vous regarde ainsi, c’est que je sais que c’est pour la dernière fois ». Un grand moment d’émotion.

Il précise qu’autant la Guilda pouvait être « bitch » dans son personnage de femme fatale, autant l’homme à la ville causait très peu. Guilda nous a ému plusieurs fois en carrière. Sa dernière émotion elle nous la réserve pour ce dernier rendez-vous d’amour. Sachons être nombreux à lui dire merci ce matin pour toutes ces belles années à nous divertir.

LES FUNÉRAILLES DE GUILDA

VENDREDI 6 JUILLET 11 H

ÉGLISE SAINT-VIATEUR D'OUTREMONT

Une heure avant la cérémonie, la famille recevra les condoléances à l’église. Le grand public est invité. Jean Guida de Montellaro, qui se faisait appeler Guilda, est décédé le 27 juin dernier à l'hôpital Notre-Dame de Montréal. Il était âgé de 88 ans. Il était né à Avignon (France), le 21 juin 1924. C'est après s'être installé au Québec au milieu des années 1950 que Guilda s'est fait connaître dans les cabarets et au petit écran pour son habileté à imiter les femmes.

Il laisse dans le deuil sa fille Gaye, ses petits-enfants Pierre et Leia et ses arrières petites-filles Christina et Sara. Guilda laisse aussi dans le deuil ses sœurs Hélène, Mireille, Christiane et Simone. L’église Saint-Viateur d’Outremont est située au 1175 avenue Laurier Ouest, à Montréal (Outremont).

SE RENDRE

SAINT-VIATEUR-D'OUTREMONT

183, av. Bloomfield
Outremont, Québec
H2V 3R5

Veuillez noter que l’entrée principale de l’église se situe au 1175 Laurier Ouest.

tel.: (514) 495-2773

Cet article est classé sous :Décès Mort
Bonjour M. Rolland.
C'est avec tristesse que j'ai appris le décès de Jean Gilda. Il fut mon voisin durant une dizaine d'année alors que j'habitais sur la rue St-Denis entre Liège et Crémazie à Montréal. Il m'avait donné une livre (biographie) sur sa vie et me l'avait autographié. Il était une personne attachante, et tout le voisinage était fier d'habiter près de chez "Gilda". Il était une très grande vedette à l'époque. Mes sympathies à tout ses proches.

Big Jack - 28 juin 2012
Une grande perte que ce personnage qui a outrepassé les tabous et c'est forgé une image différente des autres. À l'époque de sa gloire, il se fichait du scandale et imposait sa manière de vivre avec une intensité et une passion que peu d'artiste arrive à transmettre aujourd'hui. Guilda a façonné un univers de rêve et de magie dans toute sa splendeur.
Qu'il repose en paix!

Lolita Leblanc - 28 juin 2012
À mon ami Jean

La Mort frappe encore

La Mort aime tuer sans compter,
sans remord jeune ou vieux, elle tue.

Sans égard sans pardon, elle tue
sans détour, sans attente, elle tue.

La Mort cette détestable hypocrite
qui tue parfois par plaisir au milieu de la nuit.

Qui a pu inventer ce monstre sans scrupule
que je voudrais abattre avant qu’il frappe encore

Comment aimer La Mort ou souhaiter La Mort
avec le temps, sans crier gare, elle tuera encore

Pour toi Jean la Mort est une délivrance
puisque ton combat était perdu d’avance.

Qu’importe le pourquoi, le comment,
la bâtard de Mort a frappé encore.

En nous offrant la Vie,
malheureusement on nous a offert la Mort

Chaque jour le temps passe
et la Mort se rapproche encore

N’ayons pas peur de la Mort
elle nous ouvre seulement les portes
vers une Vie nouvelle
là ou la Mort n’existe pas encore.

Jean Bon Voyage

-Mau


Maumau - 28 juin 2012
j'ai eu l'honneur de travaillé seulement 5 ans avec Jean Guida et ce que je souhaite de mieux pour la releve c'est de travaillé meme un court moment avec un artiste de cette trampe la car il auras été un artiste jusque a la fin de sa vie car le publique c'étais sa facon de respirer et il le chérissait a tout point de vue de par sa beauté car il lui avait offert GUILDA comme cadeau a leur yeux.oui un tres Grand transformiste nous quitte mais surtout un homme humain avec qui j'ai eu ma chance dans ce métier.....merci Jean de tout tes bon mots pour nous musiciens
et surtout de ton amour du publique que tu as respecter et aimé tout au long de ta carriere.

SAM et les mec du balcon en arriere scene...

SAM - 6 juillet 2012
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