Mardi, 24 septembre 2013

LE MAGNIFIQUE CHÂTEAU DU MOULIN-À-VENT

J’ai rencontré Édouard Parinet, propriétaire du Château du Moulin-à-Vent dans le Beaujolais.

 
RH – On peut dire que l’histoire vigneronne des terroirs du Moulin à Vent remonte à cinq siècles.  

EP –  Le Château du Moulin à Vent s’appelait d’abord Château de Thorins. Les caves voûtées datent de 1732.  C’est la personnalité d’une femme de caractère, Philiberte Pommier, au début du XIXe siècle qui place ce domaine en tête du Beaujolais et le rend célèbre.

RH – Racontez-nous cette aventure qui continue aujourd’hui avec vous.

EP –  Philiberte Pommier marque en effet l’histoire du Château du Moulin à Vent. C’est la première à avoir cru que le Beaujolais  avait les terroirs pour faire des vins exquis et à parier pour une production qualitative à un moment où la plupart des autres vignerons de la région s’adonnaient à une production de masse sans recherche de qualité. Elle avait un sens inné du marketing et envoyait ses vins dans les expositions internationales. En 1862 ses vins étaient présents à l’Exposition Universelle de Londres où ils ont gagné des médailles d’or. C’est à partir de cette date que nos vins sont reconnus et célèbres.

RH – Le poète Alphonse de Lamartine aurait vécu une histoire d’amour passionnée mais chaste au Château du Moulin à Vent en 1811 avec la fille de Philiberte, Marie-Henriette Pommier qui n’avait que vingt ans.

EP – Dans la province de l’époque les amours dans les familles importantes étaient très surveillées. Alphonse Lamartine semblait très épris de Marie-Henriette et aurait même signé un engagement de fiançailles, mais sa famille qui était de nouvelle noblesse, noblesse d’empire, n’était pas très favorable à une union avec une famille bourgeoise. Lamartine est allé réfléchir en Italie, à son retour Philiberte lui a rendu son engagement. Elle pouvait en effet marier très bien sa fille à un jeune homme d’une famille importante et moins collet monté que Lamartine.

RH –  Lamartine qui a fait carrière dans les lettres comme poète et romancier est devenu aussi le Premier Président de la Première République française après la chute de Philippe Égalité, roi des Français.

EP – Le vin de Philiberte aurait pu être encore plus célèbre!


Édouard Parinet

RH – Vous avez acheté le Château du Moulin à Vent en 2009 et vous avez réorganisé et modernisé la propriété pour faire face aux défis de l’avenir.

EP – Je travaillais au Château du Moulin à Vent lorsque la propriété a été mise en vente et j’ai convaincu mon père de l’acheter. C’est un investissement familial. 

RH – Parmi bien des changements, vous êtes maintenant en agriculture raisonnée?

EP – La vraie caractéristique du Château du Moulin à Vent c’est le vent et des sous-sols granitiques riches en manganèse en cuivre et en oxyde de fer.
Mettre en valeur ce terroir d’exception c’est donc notre défi depuis 2009. Nous travaillons maintenant en agriculture raisonnée et une fois que nous aurons bien préparé le terrain nous allons peut-être passer en agriculture bio.

RH – Quels sont les cépages que vous cultivez?

EP – Du Gamay noir à jus blanc uniquement, c’est le grand cépage du Beaujolais.

RH – On dit que vous avez abandonné la vinification globale pour vinifier dans le respect de l’identité de vos magnifiques terroirs. L’appellation Moulin-à-Vent est la plus célèbre des 10 crus du Beaujolais. Combien de cuvées illustrent maintenant la diversité de vos terroirs?

EP – Le vignoble du Château du Moulin-à-Vent cherche à révéler l’identité et la richesse de chacune de ses parcelles. Cultivées sur plusieurs lieudits tels que le Champ de Cour, Les Thorins ou Les Vérillats, les vignes jouissent d’un panel de sols très variés, mis en valeur par l’élaboration de vins parcellaires. Nous faisons cinq cuvées : trois sélections parcellaires, une cuvée d’assemblage et une cuvée en macération carbonique.

RH – Trente hectares d’un domaine d’une telle qualité dans une appellation aussi prestigieuse vous permettent de voir grand.

EP – Le rendement, très faible, se situe entre 20 et 35 hectolitres à l’hectare selon les parcelles, afin de favoriser une concentration forte et un marquage fort des caractéristiques des sols.
L’ensemble des parcelles du domaine est palissé et arbore une taille en gobelet  

RH – On dit que vos millésimes 2009 et 2010 ont été exceptionnels.

EP –  Le millésime 2009 est un vin solaire, riche, complexe, tandis que le 2010 est plus frais mais aussi plus élégant.

RH – Avec une production qualitative comme la vôtre vous pouvez espérer vous tailler une belle part sur les marchés internationaux. Quels sont vos objectifs pour les prochaines années et qu’est-ce que vous attendez du marché canadien et québécois?


André Dagenais et Édouard Parinet

EP –  La production du Château du Moulin à Vent a été pendant presque tout le Vingtième siècle de 20 000 bouteilles annuelles. Des grands terroirs étaient laissés en jachère. Avec une bonne gestion nous atteignons une production qualitative de 120 000 à 150 000 bouteilles. Nous pouvons arriver à une production de 200 000 bouteilles dans un avenir raisonnable. Nous aimerions écouler quelque 50 000 bouteilles sur le marché canadien à moyen et long terme.  

RH – Actuellement le Château du Moulin-à-Vent 2010 est déjà vendu en spécialités. C’est un cru du Beaujolais, appellation Moulin-à-vent contrôlée. Voulez-vous nous le présenter?

EP – C’est le vin emblématique du Moulin à Vent. Élevé pendant 9 mois en grande partie en futs de chêne. Il a une belle robe carmine, brillante et très attrayante. Un bouquet riche et complexe, de fruits rouges et noirs, mais aussi de sous-bois et d’épices douces, un soupçon de tabac blond et de chocolat. Des tanins souples et gourmands qui s’associent bien avec des viandes rouges et blanches. Il est vendu en spécialités à la SAQ Code +11763581 au prix de 27,05 $. Il est déjà très agréable à boire, mais sera à sa pleine maturité en 2016.

RH – Votre deuxième vin vient tout juste d’être confirmé. C’est le Château du Moulin-à-vent, Domaine de la Tour du Bief les Hauts de la Rochelle 2011. Appellation Moulin-à-Vent contrôlée.

EP – Les vinifications sont traditionnelles suivies d’un élevage pour une partie en foudre de bois de 50 hl et de l’autre en fûts bourguignons de 228 litres. Les vins ne sont ni collés ni filtrés pour laisser le maximum de naturel, de complexité et de vie. Robe magnifique d’un très beau rubis. Des arômes riches de fruits rouges et noirs, En bouche une belle acidité mais tellement bien fondue avec les tanins gourmands et l’alcool. Il a beaucoup de finesse et de subtilité. Un vin qu’on peut garder facilement 9 ans. Idéal pour accompagner des magrets, des viandes blanches ou rouges et des charcuteries. Il va également très bien avec certains poissons gras comme le saumon, et accompagne joyeusement les fromages de chèvre.  Il sera vendu en spécialités à la SAQ Code +11544441 au prix de  26,55 $



RH –  Vous avez une œnothèque et les collectionneurs peuvent encore vous commander des Château du Moulin-à-Vent de 1937, de 1956, de 1976 et de 1991. Il paraît que le 1976 est remarquable!

EP – Nous avons encore deux autres vins qui sont très bons, c’est le millésime 1983 et le millésime 1991. Tous sont des vins pour collectionneurs et d’ailleurs nous sommes ouverts à recevoir des offres et nous allons les considérer avec attention.

CHÂTEAU DU MOULIN-À-VENT

Édouard Parinet, gérant

Représentés au Québec par Les Vins La Rochelle
André Dagenais
Tél. : 514-769-1990

SAMY RABBAT
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