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Lundi, 19 décembre 2016

LE PRESTIGIEUX TITRE «MASTER OF WINE»

 


Un des titres les plus rares et les plus prestigieux dans le monde du vin est celui de Master of Wine. J’ai interrogé Eugene Mlynczyk, le plus connu des Masters of Wine du Canada :



RH. –Qu’est-ce que c’est qu’un Master of Wine, Eugene Mlynczyk?
 
EUGENE MLYNCZYK. – Un Master of Wine est un expert qui a réussi un des examens sur le vin les plus rigoureux au monde. Il s’effectue en cinq jours, et on doit produire un document de recherche de 10 000 mots.



La préparation demande un minimum de trois ans, et le plus souvent de 5 à 7 ans. Presque tout le travail est fait de façon individuelle.

Les Masters of Wine deviennent membres de l’Institute of Masters of Wine,  basé à Londres. C’est une organisation à but non lucratif vouée à l’avancement de la connaissance du vin à travers l’industrie, depuis 1953.

Les MW, comme on les appelle communément, doivent avoir une vision de l’industrie mondiale du vin, à 360 degrés. Elle va du sol au verre, en passant par la viticulture à la vinification, le marketing, l’emballage et les ventes. Bien entendu nous sommes aussi des experts dégustateurs et nous apprenons et nous nous entrainons continuellement. C’est cela la magie et le mystère du monde du vin, qui est vraiment une boisson inimitable.

L’examen et le processus pour devenir MW est si rigoureux et difficile que seulement 5 à 10% des étudiants réussissent à se rendre en finale.  Un peu comme d’un camp d’entraînement des Marines, avec malheureusement, une grande perte d’effectifs tout au long du chemin.

RH. –Il n’y a pas de Master of Wine au Québec; il y en a seulement cinq au Canada en 2016.Combien de Masters of Wine existent dans le monde et dans combien de pays?

EUGENE MLYNCZYK.
– Il y a  environ 350 MW au niveau mondial, moins que le nombre de personnes qui ont grimpé le Mt. Everest. Les MW sont représentés dans de nombreux pays; les premiers MWs singapouriens, chinois et israéliens ont été reçus au cours des deux dernières années. Pour une liste complète, veuillez consulter www.mastersofwine.org

Soit dit en passant, au moins un MW se trouve en Ontario et au moins une demi-douzaine d’autres étudient à travers le pays. Personnellement, j’aimerais voir notre premier Master of Wine basé au Québec, parce que la culture du vin y est très forte et très aimée.

RH. –Comment est-ce qu’un Maître en Beaux-arts,  en peinture et en dessin, comme vous, devient Master of Wine?

EUGENE MLYNCZYK. – Mon amour du vin a commencé en Californie alors que j’étudiais à l’Université de Stanford. J’étais alors chargé d’acheter des vins tous les vendredis pour notre coopérative étudiante du campus, parce que  nous invitions un conférencier à un événement vins et fromages hebdomadaire. J’attribue mon initiation  à cette expérience en Californie, combinée à mon retour au Canada, où j’ai obtenu un emploi et  commencé à visiter et à acheter du vin dans les vignobles locaux du Niagara, ce que j’adore faire,  par ailleurs.

L’art et le vin s’accordent bien; leur esprit en est un de convivialité et de beauté, et tous les deux recherchent le partage de quelque chose qui pourrait être considéré comme «non essentiel» dans la vie, mais sans laquelle elle serait beaucoup moins intéressante.

RH. –Quels sont les avantages d’être Master of Wine?

EUGENE MLYNCZYK. – Le plus grand bénéfice pour moi est l’accès à bien de choses dans l’industrie. L’univers du vin est généreux, les concurrents échangent et partagent facilement leurs idées.

Devenir Master of Wines m’a permis d’ouvrir des portes qui autrement auraient été inaccessibles, et de visiter les haut-lieux du vin, dans le monde entier.

RH. –Parlez-nous des faits saillants de votre carrière.

EUGENE MLYNCZYK. – En vérité, le point culminant de ma carrière a été de réussir l’examen de Master of Wine.

À part cela  je suis heureux d’avoir reçu un des prix les plus importants en arts visuels, de peinture, à l’époque où je faisais des études de premier cycle à l’Université de Stanford.

J’adore mon travail de tous les jours dans la vente de marques de luxe pour Constellation Brands au Département de produits de luxe de la LCBO. On m’a décerné le Prix Elsie de LCBO en 2010 pour mon « Vintages Partnership». Il repose fièrement sur mon bureau où je peux le contempler tous les jours. C’est toujours un honneur d’être récompensé par ses clients.



Je serais négligent si je ne mentionnais pas que j’ai été aussi très honoré d’être récipiendaire de la  Robert Mondavi Winery Award de l’Institut des Masters of Wine (MW), pour l’excellence de tous mes documents théoriques à  l’examen de MW.

Je vends justement des vins du Domaine de Robert Mondavi au Canada ce qui me rend  doublement fier d’avoir reçu ce prix.

Finalement, j’ai été intronisé membre de l’Ontario Hostelry Institute cette année, et j’ai participé au Wine Tasting Challenge à deux reprises (mais je n’ai pas encore été le grand gagnant, malheureusement).

RH. –Vous êtes actuellement Directeur du Dossier de produits de luxe à Constellation Brands. Cela semble plus un privilège qu’un travail. Comment est une journée normale chez-vous et quelles ont été vos plus intéressantes découvertes?

EUGENE MLYNCZYK. – Vous avez raison, vendre des vins est un privilège et une joie.

En vérité, il n’y a pas de journée typique pour moi. Je me rends régulièrement dans les différentes régions du Canada et dans nos vignobles à l’échelle mondiale pour, à la fois  aider nos équipes à vendre nos vins, et informer nos clients sur nos vins fins.

RH. –Quelles sont vos plus intéressantes découvertes?

EUGENE MLYNCZYK. –  Il y en a beaucoup, mais peut-être ma toute première c’était la découverte des vins de la Vallée de Napa dans mes années d’université. J’étais en Californie à l’époque, et les vins étaient facilement accessibles et bon marché. Il ne faut jamais négliger les marques populaires ou reconnues.  Il y a souvent une raison solide pour laquelle elles sont populaires ou reconnues.

Une autre découverte a été de savourer pour la première fois, la vraie «minéralité» dans les vins. Je me souviens que c’était dans les Inniskillin Riesling,  dans les années 1990. Cela est devenu très présent avec un vin blanc autrichien où j’ai eu l’impression de déguster de la pierre liquide, ou de l’essence d’eau d’un ruisseau qui a lavé la montagne. C’est difficile à décrire mais facile à retenir.

Cette sensation est aussi le moteur de certains de nos meilleurs vins locaux.

RH. –Que pensez-vous des grands vins Canadiens?

EUGENE MLYNCZYK. –  Le Canada produit actuellement des vins impressionnants.

Nous avons un mélange de qualités sur nos étagères, que ce soit en Ontario ou en Colombie-Britannique.

Les styles des meilleurs vins canadiens vont maintenant bien au-delà du Vin de glace, qui est encore notre plus grand style de vin et je l’affirme,  le meilleur au monde dans sa catégorie. Il y a d’autres styles que nous réussissons bien, y compris les vins mousseux de toutes les régions (même en Nouvelle-Écosse), et le Chardonnay en particulier de l’Ontario. J’ai un faible pour les assemblages «meritage»de style bordelais,  avec du Cabernet Franc comme élément clé : fumé, fruits rouges, une certaine complexité, une pointe  d’acidité et dans les meilleurs vins, des tanins veloutés.

Parmi mes favoris, le  Jackson-Triggs Niagara Estate Syrah, et la série Grand Reserve, tous deux de la Delaine Vineyard.

Si vous n’avez jamais cru dans la  Syrah en dehors de la région du Rhône, goûtez ceux-ci et vous m’en donnerez des nouvelles.

RH. – Quelles sont les régions qui ont les meilleures possibilités pour produire des vins haut de gamme?

EUGENE MLYNCZYK. – Toutes les grandes régions du Canada ont aujourd’hui le potentiel de produire des vins de qualité supérieure. Chaque région doit se concentrer sur ce qu’elle fait le mieux cependant, et cela peut prendre un certain temps. Ce n’est pas dans notre mentalité du Nouveau Monde de limiter les vignerons. Rappelez-vous qu’en Bourgogne, il a fallu le travail des moines et des vignerons pendant des centaines d’années pour se restreindre à seulement deux cépages principaux.

Pour l’Ontario, mes choix comprennent le vin mousseux, les mélanges meritage, le chardonnay et le pinot noir. Dans un pincement, j’ajouterais aussi Riesling et quelques autres.

Pour la Colombie-Britannique, j’aime vraiment les styles de vin rouge audacieux du sud Okanagan autour d’Osoyoos, surtout ceux du domaine Black Sage Bench.

Enfin, n’oubliez pas que la Nouvelle-Écosse se concentre sur les blancs étincelants et uniques, ultra cool (mais rappelez-vous, ce ne sont pas des vins sur la générosité, mais plutôt réglés sur l’austérité là-bas).

RH. –Comme la plupart des Masters of Wine, vous avez probablement une activité d’enseignement importante

EUGENE MLYNCZYK. – J’aime l’enseignement, à la fois dans et en dehors de mon rôle de travail. L’enseignement est un moyen de continuer à apprendre aussi, en gardant une longueur d’avance sur vos élèves.

J’enseigne à nos propres équipes de vente, bien que ma collègue Elsa Macdonald dirige notre Académie interne de vin et mène cette charge de front. Je codirige également le programme du diplôme par l’entremise de WSET, décerné par la Independent Wine Education Guild ici à Toronto. Nous avons des gens excellents et des étudiants de premier ordre.

RH. –Participez-vous à des concours comme juré?

EUGENE MLYNCZYK. – J’ai jugé à l’interne pour nos propres tableaux de classification, qui sont très importants, même si ces résultats ne sont pas publiés.

Plus récemment, j’ai été juré pendant  plus de cinq jours au Concours international de vin de Sydney, qui est unique parce que les prix finaux sont donnés à la fois sur le vin lui-même et sur ses accords avec la cuisine appropriée. Ce qui est assez rare dans le monde des grands concours vinicoles. Oh ! À propos, c’est beaucoup de travail de goûter pendant ce concours. Trouvez-vous un bon dentiste si vous devez déguster plus de 700 vins, comme nous l’avons fait à Sydney!

RH. –  Est-ce que vous consacrez toujours une part aussi grande à la vie de famille?

EUGENE MLYNCZYK. – J’essaie, mais je dois dire que ma belle épouse Michelle est le ciment qui tient tout soudé chez-nous.

Quand je suis à la maison, je passe beaucoup de temps à regarder mes garçons jouer au basket-ball et nous conduisons et volons partout en Amérique du Nord pour participer à mon sport favori, la course d’orientation. Avec ma fille, nous aimons faire de la randonnée et comme elle aime l’art, je sens que je l’ai en quelque sorte inspirée.

RH. – Merci d’avoir accepté cette entrevue,  EUGENE MLYNCZYK.

EUGENE MLYNCZYK. – C’est toujours avec plaisir que je parle du vin, de l’art et de la vie. Santé!

LIENS:

CONSTELLATION BRANDS

Marques Constellation Québec, Inc.
175, chemin Marieville, Rougemont (Québec)  J0L 1M0
Manon Blais  
Directrice provinciale des ventes - Réseaux SAQ et licenciés   
1-800-561-8634 poste 5271

The Institute of Masters of Wine

24 Fitzroy Square
London
W1T 6EP
T: +44 (0)207 383 9130

SAMY RABBAT
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