Mardi, 7 septembre 2010

UN VIGNERON PAS COMME LES AUTRES

Ascoli Piceno, région Marches, Italie

J’ai rencontré dans ma vie des gens formidables, qui font le bien autour d’eux, parfois au détriment de leurs propres intérêts et presque toujours au détriment de leur confort. Je n’avais jamais rencontré en personne un bienfaiteur de l’humanité, du moins pas avant d’avoir été présenté au docteur Francesco Bellini.

LaMetropole.com - Roger Huet
 

On m’avait dit qu’on voulait me faire connaître un gentleman farmer italo-canadien qui, pour donner libre cours à sa passion pour le vin, avait créé dans Les Marches, en Italie, un vignoble modèle qu’il appelait Domodimonti. En six ans, affirmait-on, il avait réussi à produire des vins de grande qualité. Je me suis rendu avec intérêt rencontrer ce phénomène au restaurant Bu, sur la rue Saint-Laurent, en me demandant si le titre de docteur qu’on lui attribuait était un titre universitaire ou si c’était la formule de politesse italienne qui appelle « dottore » pratiquement tout le monde.

J’ai finalement serré la main d’un homme jovial qui m’a présenté à sa charmante épouse, Marisa. Ils ont 40 hectares dans Les Marches, entre la mer et la montagne. Avec leurs deux enfants,  ils ont réformé une « antique cantina » jusqu’à en faire une ferme modèle, dotée d’un équipement ultramoderne, qu’ils travaillent entourés d’un personnel hautement qualifié. Près du vignoble, ils ont aussi bâti un petit hôtel. Pendant que nous étions à table, prêts à déguster les « fameux » vins, je fouillais dans ma tête pour trouver qui était le docteur Bellini. Une beauté assise en face de moi me distrayait dans ma concentration.

Et soudain, je me suis rappelé. Il est né à Ascoli, Piceno, en Italie, en 1947. À vingt ans, avec un diplôme de chimiste en poche, il vient au Québec, fait un bac en sciences au collège Loyola et obtient un doctorat en chimie organique à l’université du Nouveau-Brunswick, en 1977. Il commence alors une carrière fulgurante dans le domaine de la recherche. Il crée la division biochimique de l’Institut Armand Frappier, qu’il dirige avec brio jusqu’en 1986. Il quitte l’Institut pour fonder Biochem Pharma, une compagnie qui met au point le 3TC, qui est le premier traitement pour le VIH et pour l’Hépatite B. Il accumule 25 patentes jusqu’en 2001, date à laquelle il vend sa compagnie au géant pharmaceutique Shire, dit-on, pour 6 G$.

Cet homme généreux de sa personne est membre du conseil d’administration de la Fondation de l’Institut de Cardiologie de Montréal, du Conseil de la science et de la technologie, du gouvernement canadien, de la Stem Cell Therapeutics Corp., de la Chambre de commerce italienne, entre autres. Il a reçu une trentaine de prix et décorations et plusieurs titres de docteur honoris causa. Mais ceux qui lui donnent le plus de fierté sont ceux d’Officier de l’Ordre du Québec, de l’Ordre du Canada et le titre de Cavaliere del Lavoro, l’ordre du mérite du gouvernement italien.

Il a fait un don de 10 M$ pour la construction d’un Pavillon des sciences de la vie à l’Université McGill, ainsi qu’un autre don pour bâtir une nouvelle résidence et un centre de recherche pour des patients qui souffrent de l’Alzheimer. Le docteur Bellini est l’auteur de nombreux articles. Il est également un conférencier très apprécié du milieu scientifique.

Le sommelier est venu m’arracher à ma rêverie et je me suis retrouvé assis à table avec le docteur Bellini, sa belle épouse Marisa Bellini, Caroline Brownstein, directrice des ventes de Domodimonti, Catherine Simard et Anne-Marie Chéné de Select Wines, le journaliste italien Marco Luciano Castiglia et celle qui était en face de moi et qui faisait honneur à son nom, Paule Labelle, de la maison Cavarose.

Nous avons commencé la dégustation par le LiCoste Offida Blanc AOC 2009. Pecorino 100 %, un cépage indigène qui donne un vin jaune, sec; des arômes de fleur d’oranger et de chèvrefeuille, des notes de noisette, de banane rose, de pêche. En bouche, complexe et élégant, saveurs de tangerine et de lychee (SAQ 24,50 $).

Nous avons dégusté ensuite le Monte Fiore, appellation Marches Sangiovese Indicazione Geografica Tipica. Robe rubis avec des reflets violets. Nez de petits fruits rouges, de clou de girofle, de graine de coriandre. En bouche, charnu, généreux, des tanins bien fondus et une belle fraîcheur (SAQ 19,65 $).

On nous a servi ensuite le Picens, appellation Marches rouge, Indicaziones Geografica Tipica. Un vin fait de 4 cépages : Montepulciano, Sangiovese, Merlot et Cabernet Sauvignon.  Belle robe rouge rubis intense. Arômes de fruits noirs, de tabac, de cuir, d’épices douces et de menthol. Rond en bouche, élégant, fruité et avec une belle longueur en finale. Le Picens est signé Marisa Bellini. L’étiquette représente Bacchus, la divinité de la joie, de la fête et  de la paix. Autrefois, Les Marches était appelée Picenium. On y produisait un vin très recherché qu’on appelait Picens. Il est tombé dans l’oubli et renaît aujourd’hui par l’amour de la propriétaire de Domodimonti (SAQ 27,05 $).

On nous apporta un vin rouge dont l’étiquette a la silhouette d’un violon et dont le nom est Il Messia, comme le plus célèbre des Stradivarii. C’est un vin d’appellation Marches, Indicazione Geografica Tipica, fait de Montepulciano et de Merlot. Il est signé Roberto et Carlo Bellini. Belle robe cristalline, couleur rubis. Arômes d’épices et de fleurs, ample et complexe en bouche, avec des nuances de mûres, de pain grillé, d’anis. Un vin charnu et généreux, avec de beaux tanins, un vin de plaisir qui a une longue et agréable finale (SAQ 52,50 $).

On nous a servi en dernier le Solo Per Te, appellation Marches rouge, Indicazione Geografica Tipica, fait 100 % Montepulciano.  Le nom m’a étonné. Marisa Bellini m’a raconté que lorsque son mari a été fait Cavaliere del Lavoro en 2005, il a voulu servir ce vin qu’il avait signé avec son associé Orlando Antonini pour marquer leur fierté d’avoir produit un vin à leur image. Le vin était encore trop jeune, mais comme le Dr Bellini insistait pour le servir, Marisa lui a répondu « Solo per te » et c’est le nom qui lui est resté.

Il a une robe rouge violacée, profonde, des arômes de fruits rouges confiturés, à prédominance de mûre, des nuances de bleuet, de cuir, de tabac et de chocolat. Ample en bouche, corsé, profond, structuré, avec une belle fraîcheur et des tanins fins qui tapissent vos papilles avec élégance.  Déjà très bon, il sera excellent dans 3 ou 4 ans. Un vin qui peut être gardé 15 ans et plus. Tous les vins que nous avons dégustés aujourd’hui sont de très bons vins, mais Solo Per Te est vraiment spécial (SAQ 96 $).

Le chef nous avait concocté une cuisine typique des Marches. En amuse-gueule, il y avait de la brandade de morue avec huile d’olive sur pain noir.  Comme entrée, de grosses olives vertes farcies à la viande de veau, prosciutto et parmesan. Comme plat principal, des spaghettino con calamaretti, pachino et champignons frais et comme dessert,  un zuccotto di ricotta, miele e frutti di bosco. Le repas était accompagné des vins de la maison Domodimonti.

Une charmante soirée dont je garderai un beau souvenir.

SamyRabbat.com

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