Pour l’anthropologue Serge Bouchard, le Christ s’est démocratisé. Maintenant, il fait des apparitions au Tim Hortons.
Je tiens Serge Bouchard pour un des plus grands esprits sur le territoire du Québec. L’animateur de Radio-Canada est d’une finesse d’analyse qui dépasse de plusieurs coudées ses contemporains. L’auteur de ces lignes a eu à trois reprises le bonheur d’échanger avec lui. J’en suis sorti chaque fois émerveillé. Mais lundi soir, il s’est surpassé. C’est que dans le cadre d’une rétrospective des grandes entrevues diffusées à Second Regard en 2010, on avait ressorti, entre autres, une rencontre avec M. Bouchard.
À sa façon, innovateur, il a voulu nous faire la démonstration que dans ce monde en mutation, même la spiritualité avait changée de décor. Et de raconter une anecdote authentique qui lui était arrivée.
UNE APPARITION DE JÉSUS PRÈS DU COMPTOIR DES BEIGNES
Serge Bouchard avait entrepris une tournée pancanadienne, question de sonder les mœurs du moment. Et au cours de son périple, il s’est arrêté dans la petite localité de North Sidney, au Cap Breton, en Nouvelle-Écosse. Pourquoi à cet endroit? Car il avait été informé que le Christ était apparu sur un mur de brique, à l’intérieur du Tim Hortons local. Plusieurs gens en ont été témoins. Et rapidement le lieu est devenu un site de rendez-vous de piété, on s’est mis à regarder le mur de brique autrement. En même temps, la succursale a été le point de rencontre de toute une communauté.
À partir de cet événement régional, Bouchard en a conclu que les gens, en réalité, n’ont plus besoin des églises pour trouver le Seigneur. Et à sa façon bien amusante il a dit à peu près ceci : « Le Christ n'est pas fou. Les fidèles ne vont plus à l’église. Il s’est dit allons là où ils sont ». Et de faire remarquer qu’un Tim Horton, où que ce soit, est maintenant le carrefour de toutes les rencontres. Autrefois, chez nos ancêtres, on échangeait sur le parvis de l’église. C’est là qu’on recueillait les potins, qu’on pouvait faire des œillades aux filles. Maintenant, vous pouvez faire tout ça dans un Tim Hortons ou un Dunkin Donut.
COMME QUOI TOUT CHANGE
Voyez, même le Christ s’est adapté à notre temps. Il a emprunté le chemin du sucre. C’est notre faiblesse. Comme c’est pratique! Vous avalez une gorgée de café, vous gobez votre beignet et Oh! Surprise, le Christ peut apparaître sur le mur. Pour le moment, il s’est cantonné à North Sydney. Mais si jamais il avait le goût de se déplacer au centre-ville de Montréal, vous imaginez d’ici l’effet? Jean-Luc Mongrain en ferait son beurre. On verrait sur le mur béni des rameaux accrochés et des cierges suspendus. Le temple de la sucrerie deviendrait aussi celui de Jésus.
D’ailleurs, quand on y pense, les Écritures nous avaient déjà prévenues, à savoir que le Christ est partout. Eh bien c’est confirmé. Comme le tourisme religieux semble avoir la cote, j’ai le goût d’organiser un « Jesus-Christ tour operator » direction North Sidney. Quatre jours tout compris avec prières, cafés et beignes. Je sens que je suis sur une affaire. Jésus, il faut s’en rendre compte, vient de faire une grande concession. Avant, il chassait les vendeurs du temple; maintenant, il va où se trouvent des vendeurs… fussent-ils de beignes.








Françoise Robillard
Je vois que le temps des Fêtes n'a pas tari votre fécondité. C'est toujours rigolo de vous lire et en même temps vous nous amener à nous questionner. J'avoue que ce matin c'est champion. Je ne verrai plus désomais les Tim Horton de la même façon.
Normand Racine
Rachelle Leclerc
Tout comme vous j'estime énormément M. Bouchard qui a un don bien à lui d'aller fusionner des concepts qui en apparence sont disparates et sortir de tout ça une conclusion lumineuse. Et ce que je lis ce matin en est une.
David Comeau
Je vois que chez vous tout est bon pour mousser votre personne. Même à se servir de Jésus. Vous ne connaissez manifestement pas le mot respect. Je prie pour vous.
Basile Rouillé
J'imagine d'ici la formidable promotion gratuite que ça été pour cette succursale du Tim Horton. Le franchisé doit remercier le Seigneur à genoux.
Vous êtes béni entre tous les hommes de nous divertir autant. Je ne raterais votre lecture pour rien au monde. Une bonne année 2011 et plein d'autres belles chroniques provocantes pour fouetter la réflexion.
Valérie Gagnon
C'est drôle de vous lire et de prendre connaissance en même temps de la pensée éclatée de M. Bouchard que je ne connaissais. A la suite de votre commentaire, je suis allé tantôt sur You tube et il y a une série de conférences qu'il a donné sur la peur. Quel communicateur! Merci de me l'avoir fait connaître.
Romain Charbonneau
Bravo pour votre papier d'aujourd'hui et de nous interpeller sur la présence divine dans nos sociétés, du moins en citant M. Bouchard qui est, et je suis de votre avis, un des grands, sinon le plus grand penseur au Québec.
Christine
Vous avez bien raison de citer l'anthropologue. C'est évident qu'une manifestation de là-haut peut très bien se dérouler n'importe où. Dieu n'est pas regardant.
Michel Turgeon
André Letellier
Vous avez le don de titiller notre curiosité intellectuelle, hier la lettre à Hefner, aujourd'hui une vision de Dieu. Vos curiosités je le vois bien sont multiples et nous gagnons tous au change à vous lire, même si parfois on ne partage pas toujours votre point de vue.
Sylvain Desforges
Gratien Pelletier
Anne-Marie Gigout
D'abord mes meilleurs voeux, santé et prospérité. Je vois que même en fin d'année vous n'avez pas perdu une once de votre esprit caustique. Continuez de plus belle même si vous en bousculer sans doute plus d'un.
C'est la première fois que je vous écris, parce que je suis très heureuse que vous ayaez replacé la spiritualité hors de son contexte habituel. Comme quoi on peut prier partout, surtout chez soi.
Nelly
Louisette Marsault