Vendredi, 11 mai 2012

COMMENT DÉTRUIRE LA COOP ET LE SYNDICALISME

Il y a plusieurs dizaines d’années, les agriculteurs de Québec se sont donnés des instruments pour s’entraider et devenir plus autonomes, pour s’entraider et devenir plus forts et se défendre solidairement et enfin, pour s’entraider en supportant la ferme familiale autonome et efficace.

 

Ces instruments qui regroupaient les agriculteurs s’appelaient les coopératives agricoles et les syndicats agricoles. Aujourd’hui, si on fait un bilan de l’action coopérative et de l’action syndicale, qu’en est-il?  Les coopératives agricoles servaient à approvisionner les agriculteurs en intrants comme les semences, les moulées, les engrais chimiques, les fertilisants, l’essence, etc., nécessaires pour faire fonctionner la ferme familiale autonome et en versant à ses membres des ristournes à la fin de l’année selon l’achalandage de chacun à même les surplus faits pendant l’année. 

Normalement, la coopérative permettait ainsi aux agriculteurs qui en étaient membres d‘obtenir leurs fournitures à meilleur prix. Le syndicat agricole (UPA) permettait d’autre part aux agriculteurs de négocier la vente de leurs produits (lait, oeufs, porcs, etc.) à meilleur prix parce qu’il regroupait l’offre de leurs produits. Les années ont passé et les fonctions coopératives et syndicales ont de plus en plus été définies en évoluant en fonction de l’intégration qui occupait de plus en plus de place.  Des commerçants privés de céréales se rendaient compte que ce sont les porcs qui mangent le plus de céréales ou de moulées.  

Alors ils en sont venus à proposer à leurs clients d’élever des porcs à forfait contre rémunération et de leur fournir les moulées (les céréales) et les médicaments nécessaires.  Les coopératives agricoles ont rapidement imité les intégrateurs privés et ont proposé aussi à leurs membres d’élever des porcs à forfait.  Alors de plus en plus d’agriculteurs se sont intégrés et ont produit des porcs à forfait, c’est-à-dire contre rémunération,  céréales et médicaments fournis selon la recette de l’intégrateur. Quand j’ai mis en vigueur le régime d’assurance-stabilisation du porc à la fin des années 1970, il couvrait seulement la FERME FAMILIALE INDÉPENDANTE ET EFFICACE. 

Mais l’UPA, sous Jacques Proulx comme président, s’est mise à réclamer au début discrètement que le gouvernement couvre autant la ferme intégrée, qui ne l’était pas, que la ferme familiale indépendante.  J’ai même eu droit, en 1983-84, à une manifestation de plusieurs milliers d’agriculteurs au Petit Colisée de Québec, avec en tête le président de l’UPA, Jacques Proulx, et le président de la Coopérative Fédérée, M. St-Pierre.  Comme leurs discours n’étaient pas très limpides, quand j’ai pris la parole pour un temps limité, j’ai dit : «Si ce que vous me demandez, c’est de couvrir la ferme intégrée comme la ferme familiale indépendante et efficace, vous me le direz en demandant le vote dans vos assemblées syndicales locales, régionales et à votre assemblée générale.»

Ce sont les libéraux, avec Michel Pagé, qui ont étendu l’assurance-stabilisation du porc à la ferme intégrée et à leurs intégrateurs après leur arrivée au pouvoir à la fin de 1985.  Résultat : le régime d’assurance stabilisation du porc est vite devenu largement déficitaire, les intégrateurs s’assurant des dizaines de millions de dollars d’indemnités comme si l’intégrateur était un producteur agricole, alors qu’il est essentiellement un commerçant de moulées et de céréales qui souvent a importe ses céréales des États-Unis ou du Canada.  Les coopératives ont ainsi fait de leurs membres des producteurs intégrés comme des employés à forfait de la coopérative, au lieu de les rendre plus indépendants.

Le syndicat agricole ne joue plus son rôle et ne négocie même pas le prix du forfait payé par l’intégrateur privé ou coopératif à celui qu’il a intégré, ni son contrat d’intégration.  Dans ces relations nouvelles, le cultivateur est devenu un ouvrier agricole, salarié, à l’emploi de l’intégrateur, privé ou coopératif, une sorte d’ouvrier industriel dont les conditions ont été fixées par l’intégrateur coopératif ou privé. J’avais toujours considéré les syndicats et les coopératives comme des entreprises de développement de la personne en la rendant moins dépendante et en l’aidant à être plus autonome.  Ce n’est plus nécessairement le cas. 

Ainsi, on a développé au Québec un modèle monstrueux : un syndicat qui ne négocie plus pour ses membres intégrés (pourquoi paient-ils des cotisations au syndicat?) et une coopérative qui fait de ses membres des ouvriers ou des employés plutôt que de les rendre plus autonomes.

P.-S.  Les dirigeants de l’UPA qui siègent sur le conseil d’administration de l’ASRA pourraient peut-être dire publiquement combien l’ASRA du porc a payé aux intégrateurs dans le porc, aux producteurs intégrés et aux producteurs indépendants propriétaires d’une ferme familiale. 

Source : LaMetropole.com

JEAN GARON 

LA VIE AGRICOLE

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