Alors que le doux temps pointe à nos portes, les gens deviennent de plus en plus fébriles à préparer leur saison estivale. Et je fais partie de la gang.
Même si cette année l’hiver n’a pas été trop pénible, même si l'on risque de goûter encore à quelques remous du bonhomme hiver ,qui s'éloignera afin de recharger ses batteries pour sa prochaine venues et qu’il secouera sans doute ses draps pour que tombent les derniers résidus de poudre froide, la fièvre du printemps se propage.
Cette semaine j’ai envie de vous parler de ces centaines de milliers de gens qui, comme moi, s'exilent les weekends et pendant leurs vacances. Ceux qui refusent de rester encabanés chez eux. Déjà je lorgne ma roulotte et j’ai hâte que la neige soit suffisamment basse pour la mener sur le stationnement afin de me taper un grand ménage. Il se fera tôt cette année pour que je sois prête à partir pour découvrir ou revisiter des terrains de camping afin de décrocher de ma routine.

Mais qu’est-ce qui me pousse à cette habitude? Quelle folie de préparer les bagages, de recommencer encore et encore, souvent pour moins de deux jours complets?
Avant de répondre à cette question, je vais tenter de vous brosser un tableau sur les différences entre les propriétaires de chalets et les campeurs. Dans les deux cas existent de bons et de mauvais côtés.
Parlons d’abord de celui qui a investi du temps, de l’argent et de l’énergie dans une seconde habitation. Oui, c’est agréable de partir et de revenir sans avoir à installer l’eau. Bien qu’il faille la rouvrir, car pour éviter des bris majeurs, la fermer à chaque départ est nécessaire. On allume un bon feu et dans un laps de temps raisonnable, on peut apprécier la chaleur et l’atmosphère des doux crépitements. Pendant que le bois brûle, on défait les bagages : nourriture, vêtements, etc. Mais les tâches sont-elles terminées? Le propriétaire peut-il s’asseoir et relaxer? Pas certaine. Du moins… pas longtemps.
Chaque année, pendant le congé de la fête du Québec, mon beau-frère et sa femme nous invitent mon conjoint et moi pour aller pêcher, faire du VTT, relaxer, pour sortir de notre confort et goûter celui de la vie plus simple. J’adore ces escapades, mais pas au point d’acheter un chalet. Pas avec les innombrables responsabilités que cela implique.

Car, ne nous le cachons pas, un chalet reste une résidence secondaire. Ici, j’exclus les palaces qui ont tous les privilèges de la ville où l’on peut vivre à l’année. Je parle des plus modestes qui exigent des améliorations constantes. J’en connais plus d’un qui s’échine sur leur bâtisse et celles adjacentes, mais essentielles pour ranger les canots, les outils, quand ce ne sont pas les cabanons, le garage et j’en passe. À chaque visite ils doivent se salir les mains. Quand ce n’est pas le toit à refaire, c’est la galerie ou la remise, le bois à couper, à corder, ou ils rencontrent un problème d’égout, de plomberie, d’infestation de bibittes, d’animaux indésirables. Jamais de véritables pauses où ils ne font que savourer la beauté des lieux. Et quand ils en trouvent, elles sont de courte durée. Au printemps, la faune tente de reprendre ses droits et le déboisage devient urgent s’ils veulent éviter d’endommager leurs véhicules. Il faut croire que cette montagne de tâche ne les décourage pas, car ils y retournent avec bonheur.
Un ami proche me disait récemment : « Je ne vois pas le jour où je viendrai ici simplement pour me reposer. » Peut-être est-ce le nombre surprenant d’agrandissements sur sa bâtisse principale, ou les améliorations pour le confort et la tonne de travail sur le terrain pour le rendre sécuritaire qui sont la cause de cette conscientisation? Avant il avait une roulotte et il songe sérieusement à s’en procurer une autre. Car en camping non saisonnier il se reposait.

Campeurs… sédentaires ou nomades. Les deux camps divergent d’opinion.
Dans le premier, ils ont d’abord commencé leur aventure par se promener d’un endroit à l’autre. Pour se familiariser, pour découvrir du pays, pour apprivoiser cette nouvelle existence. Puis un jour, certains ont ressenti le besoin de poser leur valise dans un endroit afin de ne plus monter et démonter leur campement. Mais ont-ils économisé et surtout, trouvent-ils plus de temps libre?
En moyenne, une nuit coûte entre 40$ et 60$. Prenons le privilégié qui sort au moins 12 fins de semaines. À la fin de la saison, il aura dépensé entre 1200$ et 1600$. En comparaison, le permanent devra investir entre 1500$ et 2000$ pour son terrain et les services. Pas de différence majeure. Sauf que le nomade arrive sur les lieux, s’installe, et n’a d’autres obligations que de s'accorder du bon temps. Il s’ouvre une petite bière en montant son campement et profite déjà de son congé.
Le sédentaire suit la vague et tant qu’à s’implanter, il s’installe avec tout le confort auquel il a droit. D’abord il se construit un patio, puis il s'achète une balançoire, un nouveau foyer, car ceux des terrains sont désuets. Et pourquoi pas un pavillon pour les jours de pluie? Tant qu’à faire, on ajoute un second frigo et des indispensables pour cuisiner à l’extérieur. Cela évitera de salir la roulotte. C’est sans compter la remise, qui est très utile pour entreposer les chaises pour la visite et des trucs pratiques…

Ma belle-sœur est installée comme une princesse. Son mari n'a rien négligé afin qu'elle profite de son été au camping. L’endroit est près de son boulot. Là-bas elle accomplit les tâches administratives de sa compagnie et surtout, elle adore son coin. Son bonheur est agréable à voir, fait plaisir à voir. Quand elle met la clé sur la porte pour reprendre sa routine, je devine sa peine. Et je la comprends.
La familiarité est très présente entre saisonniers. Tout le monde connaît tout le monde, parle de tout le monde et est au courant de la vie des autres ou s’insère dans les disputes de terrains. Ça, je déteste. Ce qui se passe chez le voisin ne me concerne pas et j’aspire au même traitement sous mon toit. Quand l'entourage devient des amis proches, les visites affluent. Rares sont les instants où le permanent peut mettre le nez dehors sans qu’un saisonnier débarque. Une amie a cessé le camping justement pour des familiarités qui ont dépassé la limite. Plutôt que de briser son couple… elle a vendu pour s’acheter un chalet.
Malgré tous ces privilèges, je ne voudrais pas de ce style de vie. Pourquoi? Parce que j’ai un côté sauvage. Comme je pratique un métier qui, disons-le… intrigue la majorité ou plutôt les intéresse à divers niveaux — designer d’intérieurs — on me questionne sans arrêt. Avec les chaînes spécialisées sur le domaine, les gens recherchent des moyens d’avoir des conseils professionnels! Que se soit pour la couleur que je mettrais avec tel meuble ou pour une idée de modification d’armoires ou juste pour savoir ce que je ferais dans telle pièce, peu importe, on sollicite un concept. Comme mes journées se déroulent à deux cents miles à l’heure et que je ne reprends jamais mon souffle, je ne voyage que pendant l’été. J’aspire à un certain recul à cette période. J’ai besoin de ma dose d'oxygène en nature. Pour continuer d’aimer ce que je fais, je dois m’évader.

Le camping est mon moyen de relaxer. De penser à autre chose. Mes proches respectent cet impératif de me parler de sujet à des kilomètres de ma profession. Je sais que les gens n’ont pas de mauvaises intentions quand ils m’abordent sur la déco, mais, je m’efforce de leur dire poliment qu’ils peuvent me joindre la semaine au travail et que les servir me ferait plaisir. Ce n’est pas toujours évident. Donc, si je devenais une campeuse saisonnière, le risque de voir débarquer mes voisines pour leur sortir des couleurs pour leur nouveau couvre-lit ou pour leurs amies, leurs petits-enfants, me ferait haïr ce loisir. Je refuse.
Nous avons nos raisons personnelles de choisir un style de vie qui nous ressemble. Camping, chalet, permanent ou voyageurs, peu importe. Ce qui compte, au fond, c’est le sentiment qui demeure à la fin. Celui de se sentir bien dans nos loisirs, qu’ils plaisent ou non à nos proches.
Amis campeurs ou résidents de chalet, je vous souhaite une saison exceptionnelle et une température aussi clémente que l'an passé. Peut-être croiserai-je certains d’entre vous sur un terrain… si vous me reconnaissez, arrêtez me saluer. Pour ça, je suis toujours partante!






