Mercredi, 28 septembre 2016

JE MEURS D’ENVIE DE T’ASSASSINER

Récurrent dans le langage quotidien, peu de gens semblent se soucier de l’impact de leur utilisation, ou plutôt s’en soucie sur la vie des autres en occultant les répercussions sur la leur. Adjectifs qualificatifs de la mort.

 

Dans nos sociétés actuelles, avec la montée en flèche de l’hystérie collective face à l’islamisation de la planète, la privatisation à outrance de tous les biens et services publics, une passation des pouvoirs étatiques au sein des entreprises privées suscitent grogne, peur, révolte. Des mouvements de résistance de toutes sortes éclosent régulièrement et la semaine suivante, ils ont disparu. Une expérience de champignon.

C’est que les mouvements qui persistent, que l’on voit déferler dans les médias de masse, repris en boucle dans les réseaux sociaux, ont l’aval de lobbying que d’autres non pas. Il faut investir là où ça rapporte.
 
L’un de ses mouvements stéréotypés, qui à défaut de le reconnaître, va exactement dans le sens contraire de ses revendications, cette doctrine qu’est la culture du viol. Il promeut un glissement des mœurs vers l’enferment, la liberté et des femmes et des hommes. Une moralité mortifère qui séparera les relations sociales entre elles par des cloisonnements virtuels, imaginaires et réels, comme le voile, la burka, les restaurants, les transports en commun, les écoles non-mixtes.



Tout comme dans la thèse des climato-environnementalo-convaincus où les humains violent la planète et doivent cesser d’exister, ou du moins être secondaires, tertiaires dans l’ordre d’importance des espèces vivantes, les hommes sont les seuls à violer les femmes, d’où l’importance de les mettre en cage, par des lois, afin de garantir la sécurité des femmes.
 
En proposant de sortir du cadre victimaire sur les réseaux sociaux, celui d’affirmer que la victimite est un leurre (lire le texte du 18 novembre 2015), un déluge d’invectives s’abat instantanément sur l’auteur.e d’une telle allégation. Le mouvement qui dénonce la culture du viol est un rouleau compresseur. Il ne peut pas accepter la notion que la culture du viol est avant tout une culture de la victime. Cela contribuerait à sa disparition. C’est pourquoi l’on peut lire ad nauseam de la part de ces personnes qui se réclament gardiennes des mœurs, une tendance à vouloir tuer, symboliquement ou réellement, celles qui vont à l’encontre de leurs dogmes.

Traiter quelqu’un d’imbécile, de connard, d’idiot, d’écrire que « c’est à cause de gens comme toi que le monde va si mal », vise quoi exactement? Pourquoi doit-on injurier quelqu’un qui est d’avis contraire au nôtre? Très simplement parce qu’il représente une menace. Que cette menace soit vraie ou fausse. Et que fait-on en cas de menace? On fuit, on se défend, on attaque, on tue. 


 
En se servant d’un adjectif qualificatif de la sorte on espère pas moins que la personne se transformera, qu’elle changera de point de vue, qu’elle se rangera à nos côtés, qu’on aura réussi à la mater, à la faire ramper à nos pieds et en dernier recours, on souhaitera qu’elle disparaisse de notre vie. Cette disparition ressemble à un appel au malheur. Que le ciel lui tombe sur la tête pour qu’elle comprenne enfin qu’elle est dans l’erreur, que c’est par le mouvement du troupeau que se trouve la vérité.

Qualifier une personne de trou du cul que l’on ne connaît même pas (je me demande toujours, mais qu’est-ce qu’ils ont tous contre les trous du cul aux multiples fonctions nécessaires et agréables?) s’accompagne assez souvent, donc, de cette mise en garde, de cette séance de vaudou qui lance un sort: « te souhaite que telle ou telle expérience souffrante t’arrive pour que tu comprennes ». Quand les tentatives de dénigrement et d’humiliation ne suffisent pas. on rajoute une couche, sans subtilité,  pour écraser une bonne fois pour toute cette prise de position qui diffère de la nôtre: «Va te faire violer, tu m’en reparleras ».

N’oublions pas que ces personnes qui tentent de blesser les autres parce qu’elles croient en leur idéologie, sont pleines « d’amour » pour les « victimes ». Elles professent un changement de mentalité, cherchent l’égalité entre toutes et tous, veulent et visent une société de paix à condition, bien entendu, que cette paix puisse leur permettre d’insulter, d'attaquer, de juger, d'assassiner ce qui leur paraît incompatible avec leurs hypothèses.  Il doit bien y avoir une certaine jouissance à tenter de descendre les autres.



À moins que celle-ci, la jouissance, soit liée au sentiment de s’élever dans la « vérité ». Dans tous les cas, on ne qualifie pas gratuitement. La contrepartie doit nécessairement nourrir un aspect de soi. Ce n’est pas possible de clamer haut et fort qu’un.e tel.le est  stupide en raison de ses propos sans en ressentir un bien-être quelconque. Autrement, qui continuerait dans cette voie sans profiter en retour d’un agréable frisson mental?
 
Quand une personne qualifie une autre de conasse, quel bienfait en retire-t-elle? Croit-elle que son jugement affecte l’autre au point de réellement la rendre conasse pour vraie? Émettre un tel commentaire valide-t-il que l’émettrice/tteur a absolument raison? Est-ce une manière d’être reconnu.e, d’avoir une certaine notoriété auprès de ses paires, que plus le qualificatif est offensant plus la reconnaissance des autres est grande? Parce que dans l’ensemble, quand l’une lance la première attaque, un contingent de disciples l’appuie et renchérit dans la même direction.

Le spectacle en vaut l’expérience.  Des sujets sensibles, tabous, qui se braquent les uns contre les autres. On emploi un qualificatif comme un mot magique en pensant que sa définition s’applique sur le coup dès qu’il est dirigé vers quelqu’un. On croit que notre pensée a la force de changer la destinée des autres uniquement en tentant de les soumettre par le langage utilisé. Les effets sur soi sont proportionnels à l’importance accordée aux injures.


 
Tant qu’on accepte d’être mis en boîte, étiqueté comme un déchet de la société, les juges de nos vies pourront continuer de nous condamner. Nous attendrons qu’un.e libératrice/teur surgisse afin de nous délivrer de notre sort et prouver le contraire. Ces juges oublient que du moment où elles/ils proclament un jugement sur autrui, elles/ils ne font que parler d’elles/eux-mêmes. C’est ce qui rend riches de telles expériences, à mes yeux. Parlez de vous, de vos peurs, de vos craintes d’être rejeté.e.s, de votre besoin de reconnaissance, de votre tristesse face à cette solitude qui nous guette si on ne défend pas violement nos illusions communes.

Notre lot commun, qui est loin d’être illusoire, lui, est certainement de vivre dans la peur constante. Même si l’épuisement suit l’attaque, la calomnie, on dirait que le high obtenu vaut plus que sa répercussion d’enfermement de soi vis-à-vis de soi-même. Cette coupure peut être vécue comme un palais doré. À chacun.e son château. D’ici à ce que l’on quitte cette vie royale qui nous sépare du reste de l’humanité, parce que l’on maîtrise l’art de traiter les autres de moins que rien, on peut au moins se pratiquer à exposer nos peurs au lieu de penser que les autres en sont la source.
 
Chaque fois que quelqu’un aura le plaisir de tenter de vous insulter, de vous froisser avec des mots cinglants, remerciez-le d’exposer sa vie au grand jour. Ce n’est pas de gaieté de cœur que l’on met des efforts à condamner les autres, malgré l’impression du contraire. Ça prend parfois des années de pratique avant d’arriver à gueuler sur la place publique en se comparant, en se sentant fort au point de masquer sa vulnérabilité et tomber à bras raccourcis sur les autres par diffamation. Les leçons viennent de partout. On est élève et maître de soi, des autres sans hiérarchie dans toutes les circonstances. Elles/ils m’auront donné l’occasion d’écrire ce texte.


 
Un merci tout spécial à Annie Tremblay, Directrice Web, correction, images, qui a eu à se taper tous mes textes pendant nos années de collaboration. Que les succès l'accompagnent dans ses nouvelles fonctions.

ÉDITIONS 180 DEGRÉS

L’INFÉRIORITÉ HUMAINE
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