Vendredi, 10 mars 2017

L’ÉCHEC FAMILIAL

C’est tellement un échec que c’est le gouvernement qui prend le plus à cœur son rôle de parent. Il n’y a pas de quoi s’étonner, puisque le glissement dans cette direction s’effectue depuis longtemps.

 

La famille est calquée sur le modèle d’une entreprise à la Bourse, soit le rendement. Les joueurs de gros sous qui se retrouvent dans les marchés boursiers n’ont qu’un seul but, faire du profit. En d’autres termes, tout investissement doit rapporter plus que sa mise de départ.  On ne trouve personne à la Bourse qui investit sans espoir de rentabilité. On pourrait dire que donner pour donner, libérer de toutes attentes, ne fait plus partie de nos gènes.

C’est pourquoi le don prend la forme, déguisé, d’un investissement qui doit tôt ou tard rapporter des dividendes. Au moins à la Bourse ils ont la franchise d’affirmer qu’ils veulent faire des gains en plaçant leur argent là où ce sera profitable. Dans la famille, l’investissement de soi est le pire des tabous.

La structure familiale telle qu’on la connaît aujourd’hui ne peut supporter la pression sociale. On ne reviendra pas en arrière, quoique l’on peut s’inspirer du passé pour absorber le choc du démantèlement. En regardant l’histoire, quelles sont les groupes qui sont parvenus à traverser les siècles en conservant le même noyau de fonctionnement au sein de leurs relations sociétales ?

Les tribus. Leur force de persistance résidait dans la vie communautaire. L’entraide entre chaque membre du clan permettait une homogénéité, une harmonie durable et forte. Tout le monde aidant tout le monde. Or, l’on constate que ces tribus ont été décimées rapidement, peu après leur « découverte » par nos explorateurs célèbres, partout, sur tous les continents. L’empoisonnement par l’eau, les maladies, les massacres ont eu raison de leur longévité et sagesse. L’Histoire officielle glorifie ces découvreurs afin de masquer ses horreurs.

La vie de famille actuelle est insupportable en terme de pression. Chacune étant isolée dans un cadre limité à deux personnes, en général, la mère et le père. La tribu offrait l’assistance, le réconfort, permettait d’avoir du temps pour soi, tout le monde se connaissait, la confiance régnait. La participation au bien-être de toutes et tous reposait sur chaque membre. On pouvait compter sur l’aide des autres pour manger, cultiver, se loger, se vêtir. Des responsabilités qui dépassent les capacités de bien des familles actuellement. Pour y remédier, les deux parents doivent s’extraire de leurs rôles, les confier à des inconnu.e.s pour pouvoir subvenir à ces besoins de bases, en allant  occuper un emploi qui ne les enchante nullement. Cependant, en regard de cette situation catastrophique, des projets communautaires poussent ici et là. Par  un effort de distribution des tâches, desregroupements de gens aux valeurs similaires  s’entraident à se décharger de l’emprise des pressions sociales  dont une famille moyenne peine à se sortir dignement.

Pour les autres, l’aide communautaire passe par les décideurs gouvernementaux, l’U.N.E.S.C.O, qu’ils ne connaissent pas plus que leurs voisins de palier. Une confiance aveugle envers des inconnus. Ces inconnus prennent leurs enfants dès qu’ils ont l’âge d’être emprisonnés à la crèche, à la garderie ou à l’école, pour en faire de bons citoyens qui rapporteront en profit. Dans un tel contexte, il ne reste que le mot famille. La vie familiale comme telle se résume  au métro-boulot-dodo,les enfants étant pris en charge par les autorités. D’ailleurs, ces mêmes autorités font tout pour s’infiltrer en tant que responsables parentaux, en octroyant des allocations, des assurances, des droits pour les enfants, des prix compétitifs aux garderies. Ça élimine toute concurrence possible et crée une dépendance vis-à-vis de l’État.

Un parent veut ce qu’il y a de mieux pour son enfant. C’est pourquoi il investit temps et argent, s’investit sentimentalement et émotionnellement. On dit souvent qu’il fait de son mieux avec les connaissances qu’il a. Alors, comment se fait-il que nous ayons si peu de connaissances, que celles-ci nous amènent toujours dans la même voie de garage, celle commune à tous, soit les décisions prises par le  gouvernement ? Dans tous les cas, que ce soit cette voie ou une autre, quand on décide d’avoir un enfant, on décide d’investir et cet investissement est un placement à long terme. Il devra lui aussi rapporter ce qui a été dépensé en émotions et en sentiments à son égard. « Heille le jeune, je t’ai tout donné. Tu me dois reconnaissance et respect ». « Heille le vieux, je ne t’ai rien demandé. Mais aujourd’hui je te demande de m’accepter et de reconnaître mes choix de vie ». Déceptions, frustrations, chicanes parce que l’investissement a mal tourné. Avoir faittout ça pour rien ! Le don de soi n’existe pas face à un enfant. Du pur mensonge. De l’hypocrisie.

De nos jours, le rôle de parent s’effondre sous la lourdeur des attentes des parents envers les enfants, des enfants envers les parents en regard des difficultés rencontrées par le rythme de fou du quotidien. On fait tout pour les rendre heureux, qu’ils réussissent dans la vie et ce « tout » n’est jamais gratuit. Le prix à payer de sa personne n’a pas d’égal. Mais bon, on s’en sort malhonnêtement par des faussetés qu’on transfert au nom de «l’amour ». Ça donne bonne conscience. Cependant, la culpabilité nous rattrape lorsque survient l’échec de l’investissement, ou quand on a l’impression que la drogue, la prostitution, la boisson nous vole notre enfant. Où donc ai-je bien pu échouer pour que mon enfant se perde ainsi ? Peu importe le chemin que l’on choisi pour leur offrir un bonheur potentiel, ce qui compte, c’est  que nous soyons un jour payer en retour. On souhaite les voir épanouis et cet état d’épanouissement envisagé par nos choix pour eux sera la paie de notre bonheur à nous. Comme on le constate, ce n’est pas sans attente ni gratuité de notre part.

Le concept de famille repose sur la facilité de contrôle d’un peuple. Chacun dans son coin, seul dans sa maison, dans son logement, à pédaler afin d’arriver à joindre les deux bouts. Lobotomisé par la télé, gobant sa propagande comme une vérité absolue. Peu de moment de solitude pour s’occuper de soi, souvent épuisé par les chicanes entre frère/sœur/mère/père/tante/oncle, sans compter le désir secret de la mort d’un parent pour récolter l’héritage. Alors, on délègue ses responsabilités à des inconnus. Pendant ce temps, les contrats tacites entre parents ne sont pas non plus respectés ; toit, sécurité financière en échange de sexualité. Aussi, c’est à savoir qui fera le plus d’argent pour imposer ses exigences à l’autre. Et les enfants qui baignent dans tout ce marasme, ce chaos, un nid que l’on souhaite doux mais qui s’avère essentiellement trompeur, menteur en ce qui concerne la vérité de nos objectifs, ce sur quoi ils reposent principalement.

Galvaudée à souhait, la notion de famille fait en sorte qu’une multitude de théories émergent afin de tenter de colmater ses brèches. Et tout le monde s’y perd, encore plus. Faire du neuf avec du vieux, toujours en mode réparation plutôt que de considérer sa structure déficiente et dépassée. Cet idéal fait partie de l’ancien monde. Il nous reste à mettre en pratique le détachement, le lâcher prise, le sans attente. Acculé au mur des déceptions parentales, des brisures d’enfance, il nous reste à investir en soi, là où le profit est sans limite, bien qu’individuel, et qui se partage à l’ensemble des gens de notre communauté. Sans restriction, sans plan égoïste. Et ça, ça exige tout notre temps. Une famille de cœuret non de sang, dans la joie et l’enthousiasme.

Merci Anne Mergault (La Plume Affûtée), correction, mise en forme.

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