Le catholicisme, c’est comme un restaurant dont le décor est splendide mais dont la nourriture est infecte.
Je reviens d’une visite à Magog durant laquelle j’ai visité ma mère à l’hôpital. Elle avait bien mauvaise mine, ma mie, avec les tubes qui la gardent en vie de ce côté de l’univers. Elle refuse même de regarder la télé pour se désennuyer. « Ça me fatigue », nous donne-t-elle comme excuse. Ma mère change, elle se résigne, elle s’évapore doucement, devenant de plus en plus transparente. Elle change aussi dans une autre sphère de sa vie, sa foi.
Ma mère, qui n’a jamais vraiment cru au Bon Dieu, qui riait de me voir vouloir devenir dévote, change tranquillement son fusil d’épaule alors qu’elle commence à voir la fin de sa vie à l’horizon. Elle commence à prier. Devinez de qui nous avons parlé pendant ma courte visite? D’André Bessette. Tout le monde connait André Bessette, puisqu’il s’agit du fameux Frère André. Qu’on l’ait voulu ou non, la religion a toujours fait partie de nos vies. Sauf de celle de ma mère, qui nous trouvait idiots d’aller à l’église pour prier le Bon Dieu. Pourtant, elle prie pour son âme. Elle parle à Dieu, maintenant qu’elle avance sur le chemin qui devrait la mener à lui.

D’aussi loin que je me souvienne, je pouvais dire la messe avant que le curé ne prononce une parole, tellement je l’ai entendue. Je « disais » la messe à mes poupées dans ma chambre pendant que mon frère Mario se bidonnait dans la pièce d’à côté. Quand mon amie Danielle venait à la maison, nous essayions de prier assez fort pour faire apparaître la Sainte Vierge et le soir même, nous allions chanter à la chorale de l’église. J’avais trouvé dans ce lieu sacré qu’était l’église la paix dont ma jeune enfance avait besoin. J’ai servi le seigneur de mes chants, mais aussi de ma grande ferveur, au point de penser sérieusement à prendre le voile. Vous vous doutez que j’ai pris un autre chemin et tant mieux! Je ne suis retournée à l’église qu’à de rares occasions et depuis, elle n’a jamais cessé de me décevoir. Au point de me demander si j’y allais pour la beauté de l’endroit ou pour la signification de celui-ci.
J’espère ne pas vous décevoir, mais pour moi les bâtisses qu’on appelle « églises » n’ont rien à voir avec Dieu. Elles ne représentent plus pour moi le fameux prophète qui serait venu sur terre, mourir pour nous sauver. Ce sont des bâtiments splendides, des œuvres d’art, notre patrimoine. Elles restent des constructions faites de pierres et de bois, mais avant tout des bâtiments faits d’amour et de sueurs.
l'église
Ste-Marguerite de Magog
Autrefois bénies, elles représentent le cœur des fidèles pour un Dieu qui les a trahies bien plus qu’il ne les a aimées. Les immenses colonnes, les murs de brique, les parquets de marbre me rappellent ceux qui ont donné (et je dis bien donné) leur vie, leur sueur et le peu de fortune dont ils étaient tenanciers, pour bâtir des temples à des hommes pour la plupart de peu de foi, abuseurs et méchants. Il y a bien des exceptions, mais ceux-là se taisent au point de ne plus exister.
Pour moi les églises n’appartiennent pas aux communautés religieuses, qui les revendent à grands coups de millions pour faire des condos. Les églises appartiennent aux descendants de leurs bâtisseurs. Des hommes qui, pour gagner leur ciel, « donnaient » de la brique, du beau bois et aussi leur précieux temps à construire un lieu de prière et un énorme presbytère pour des hommes qui se prenaient pour le nombril du monde. En ce moment même où j’écris ces lignes, nous n’avons pas de pape et le monde survit quand même. À ce moment même des millions de personnes se demandent à quoi sert l’Église et à quoi servira vraiment le prochain représentant de Dieu. Ramener les fidèles au poste? J’en doute! Le spectacle est fini, la vie continue.
L’ÉGLISE SE SERT AVANT DE SERVIR LES AUTRES
Laissez-moi vous raconter l’histoire d’Alban Gagnon. Un homme qui a cru longtemps pouvoir changer le monde grâce à sa foi. Il prit la soutane et après un certain temps, il décida d’aller en Afrique aider les pauvres. Quelque temps après son arrivée une grande fête se préparait. Alban, qui travaillait normalement aux sports, passa par la cuisine. Il vit passer des aliments qu’il n’avait jamais vus depuis son arrivée. Il vit des bouteilles de vin, de la viande, des légumes, de la vaisselle, des coupes et des nappes blanches immaculées. Tout cela devait servir les dirigeants de l’église locale. Ces hommes gras arrivèrent et on leur servit un repas fastueux.
Alban et certains autres frères avaient droit, eux, à l’habituelle soupe, du pain plat et de l’eau. Alban n’en revenait pas! Il se présenta debout devant la table des monseigneurs et de leurs invités, se dévêtit de sa soutane, la laissant tomber sur la terre battue; il ne resta sur lui que ses sous-vêtements et ses espadrilles usées. Il leur dit : « Nous avons tous fait le vœu de pauvreté, comme vous étiez venus ici pour aider ceux qui n’ont rien; je ne vois pas pourquoi nous ne mangeons pas tous la même chose, les pauvres y compris ». Il fit volteface et quitta ce jour-là l’église qui l’avait trahi.
SUR UNE NOTE
PLUS POSITIVE, JE TERMINERAI
En sortant de l’hôpital, j’ai proposé à Francis, mon mari, d’aller visiter la nouvelle bibliothèque de la ville. Ils ont, à ma grande joie, installé les livres dans la vieille église Ste-Marguerite. Là où mon père allait servir la messe tous les dimanches. Cette église a ouvert son cœur à d’autres livres que la « Bible », à d’autres revues hebdomadaires que le « Prions en église » et le « Bulletin paroissial ».
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Il y a deux ans environs, j’ai su qu’ils installeraient une bibliothèque dans ce lieu. Je me suis imaginée les bibliothèques d’Harvard, ou même celle du film Harry Potter. Je m’imaginais que les livres sentiraient le vieux bois et seraient, à la rigueur, bénis de Dieu. Erreur! On a enlevé toutes les boiseries, les œuvres d’art que cette église avait conservées au fil des années. On a vendu l’héritage des hommes qui y ont travaillé! Était-ce le prix à payer pour garder l’extérieur intact et la sauver de la démolition tout court?
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Les premières quinze minutes, j’ai pensé au sacrilège. Ensuite je me suis calmée et me suis dit que pour sauver la bâtisse, on a dû vendre tout qui avait de la valeur. Que pour éviter de devoir tout arracher dans 10 ans à cause des moisissures, il fallait mettre du neuf. Que pour isoler les murs correctement il fallait les ouvrir et tout refaire. Donc l’église Ste-Marguerite est devenue un joyau moderne et propre comme un sou neuf!
Voilà donc la vieille dame qui s’est fait opérer à cœur ouvert, mais qui a gardé sa taille de jeunesse. Je crois finalement que la Société culturelle et d’histoire de Magog a bien agit. Ils ont sauvé l’église, pas la foi, mais au moins ils ont sauvé l’église! Amen!






Dans le même ordre d'idée j'ai déjà questionné une congrégation religieuse suite au verglas: Où étiez-vous pour acceuillir les gens sans électricité avec vos églises qui chauffent au gaz naturel et/ou mazout? Nous étions à réconforter des âmes fût la réponse obtenue.
C'est drôle moi mon école était ouverte comme refuge avec cuisine pusiqu'elle était au gaz. Nous avions le mandat d'aider, d'animer, de réconforter aussi et ce 24 heures par jour.
Une église qui vise du changement, je ne m'y attends pas le moins du monde.
De votre article je retiens que l'église appartient aux croyants fondateurs-bâtisseurs et descendants.
Bonne continuité.
M. le Directeur
Même si les faits ont refroidit mes croyances envers certains religieux, même si à la base l'église visait à épauler, aider et guider les malheureux et les pieux, j'en visite encore autant que je peux. Pas pour les croyances, ni pour la religion, juste pour admirer les splendeurs que l'homme a érigé et qui perdurent encore.
Un texte d'une belle profondeur, qui titille les valeurs.
Merci!
Je ne comprends pas que la population ne s'indigne pas de la vente des églises alors que c'est la population Québécoise qui les avons financé.
Ils me semble que ces joyaux, pour la plupart, devrait revenir aux communautés qui les as financé.